Comprendre la surreprésentation des enfants afro-canadiens dans la prestation des services de bien-être de l’enfance en Ontario : Questions et réponses avec Keishia Facey, gestionnaire du programme UVUV, à propos d’un nouveau rapport perturbant

Quote from Keishia Facey, Manager of OVOV "

Le programme Une vision une voix (UVUV), en collaboration avec la Faculté de travail social Factor-Inwentash (FIFSW) de l’Université de Toronto, a publié un rapport de recherche qui examine les enquêtes des services de bien-être de l’enfance sur les familles afro-canadiennes en Ontario et comment elles se comparent aux enquêtes impliquant des familles blanches. Le rapport, intitulé Comprendre la surreprésentation des enfants afro-canadiennes dans les services de bien-être de l’enfance de l’Ontario (anglais seulement), utilise les données de l’Étude ontarienne sur l’incidence de 2018 pour évaluer dans quelle mesure la race joue un rôle dans le travail de bien-être de l’enfance en Ontario.

Keishia Facey, gestionnaire du programme UVUV, explique comment ces résultats peuvent contribuer à améliorer la situation des enfants, des jeunes et des familles afro-canadiennes en Ontario.

« Ce n'est pas que les familles afro-canadiennes sont plus pauvres et qu'elles ont donc plus de mal à s'occuper de leurs enfants. C'est qu'elles sont davantage surveillées et contrôlées par les services de police et qu'elles sont donc davantage impliquées dans les systèmes. »
Keishia Facey
Gestionnaire du programme UVUV
Que nous apprend le rapport sur les expériences des enfants, des jeunes et des familles afro-canadiennes dans le système de bien-être de l’enfance de l’Ontario ?

Le rapport nous démontre comment le racisme anti-Noir conduit les enfants, les jeunes et les familles afro-canadiennes vers le système de bien-être de l’enfance. Il nous permet de voir comment le système de bien-être de l’enfance s’entrecroise avec d’autres systèmes et comment le racisme au sein des différents systèmes conduit à des résultats disparates et disproportionnés pour les familles afro-canadiennes.

Quelles sont les principales conclusions du rapport?

L’une des principales conclusions concerne les signalements. Les enquêtes impliquant des enfants afro-canadiennes sont presque deux fois plus souvent initiées par les écoles, comparativement à celles impliquant des enfants blancs. Il est clair que nous avons beaucoup de travail à faire pour faire cesser cette tendance.

Plus généralement, les résultats démontrent que le bien-être de l’enfance n’est qu’une partie d’une structure à multiples facettes, avec de nombreux systèmes qui se croisent. Nous devons interroger à un niveau plus profond l’ensemble des politiques et pratiques des différents systèmes qui entraînent des disparités et des disproportions pour les familles afro-canadiennes. Et le travail doit se faire à tous les niveaux simultanément. Nous ne pouvons pas nous contenter de nous concentrer sur l’amélioration des résultats en matière de bien-être de l’enfance. Nous devons le faire en même temps que nous nous adressons au gouvernement au niveau de la responsabilité, ainsi qu’aux partenaires qui font des signalements pour leur faire changer leurs pratiques, etc.

Quelle est la signification de l’illustration de la page couverture du rapport ?

Nous avons travaillé avec une illustratrice afro-canadienne talentueuse, Chelsea Charles, pour ce rapport. Nous avons décidé d’utiliser la noix de cola pour rendre hommage à la culture ouest-africaine et à la diaspora africaine. La noix de cola est souvent utilisée comme un symbole d’unité et de bienvenue dans les cérémonies. Mais elle est en fait très amère. Elle joue donc aussi un rôle de symbole, dans la mesure où les données de ce rapport sont difficiles à lire, une pilule amère à avaler en quelque sorte.

Illustration par Chelsea Charles
chelseacharlesillustration.com

Y a-t-il un sujet de ces données qui vous a surpris ?

Les données ne sont pas surprenantes. La communauté afro-canadienne nous le dit depuis si longtemps.

Mais les résultats concernant les facteurs socio-économiques sont remarquables. Mais pas de la manière dont on pourrait le penser. J’ai fait beaucoup de travail de service direct avec des personnes vivant dans la pauvreté et d’autres déterminants sociaux de la santé. Alors, le fait de voir les choses présentées ainsi m’a vraiment touché. Ce n’est pas que les familles afro-canadiennes sont plus pauvres et qu’elles ont donc plus de mal à s’occuper de leurs enfants. C’est qu’elles sont davantage surveillées et contrôlées par les services de police et qu’elles sont donc davantage impliquées dans les systèmes. Les données relatives au logement en sont la preuve. Nous savons qu’il y a une surveillance dans les logements sociaux. Cette surveillance accrue se répercute ensuite dans les écoles et dans les interventions de la police, où les préjugés et le racisme sont présents ; ce qui conduit à des appels aux services de bien-être de l’enfance au lieu de liens plus appropriés avec les services d’aiguillages communautaires.

Pourquoi ce rapport est-il important ?

Le rapport est un outil important pour le plaidoyer. Les données sont de puissants raconteurs d’histoires. C’est donc un autre moyen de créer des changements au sein du bien-être de l’enfance, mais aussi avec le gouvernement, les partenaires communautaires et d’autres systèmes qui se croisent.

Bien que l’on ait parlé plus ouvertement des disparités et des disproportions des familles afro-canadiennes dans les services de bien-être de l’enfance au cours des sept dernières années, la surreprésentation existe toujours. Elle n’est pas entièrement prise en compte malgré toutes les interventions mises en place. Ce rapport nous démontre que nous devons agir de manière plus audacieuse pour voir ces changements. Il y a beaucoup de bon travail de fait dans le secteur, et c’est formidable. Mais il faut faire encore plus.

Mashkiwenmi-daa Noojimowin : Ayons l’esprit fort pour la guérison En 2021, une étude similaire a été publiée, examinant l’incidence des enquêtes pour les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations. Pour en savoir plus sur cette recherche et télécharger le rapport (anglais seulement), cliquez ici.
Que voulez-vous que les personnes qui travaillent avec les enfants, les jeunes et les familles afro-canadiennes apprennent suite à ce rapport ?

La connaissance, c’est le pouvoir. Nous espérons donc que tous les membres du personnel de première ligne liront ce rapport et verront leur rôle dans ce travail. Qu’ils verront comment ils peuvent créer des partenariats, s’engager avec des organisations dirigées par des afro-canadiennes, considérer leur travail à travers une lentille de racisme anti-Noir, et finalement améliorer la vie des enfants et des jeunes afro-canadiennes. Leur rôle est essentiel.

Et pourtant, nous savons qu’ils sont liés par des politiques et des procédures qui conduisent à des décisions qui ne sont pas nécessairement dans le meilleur intérêt des familles afro-canadiennes. Nous devons également nous concentrer sur ce point.

Comment le rapport est-il lié aux autres priorités du programme UVUV ?

Depuis la création du programme UVUV, il y a eu une forte pression pour obtenir des données basées sur la race. Et maintenant que nous les avons, nous pouvons les exploiter pour mieux comprendre ce qui conduit exactement aux disparités, afin de pouvoir travailler sur ces points d’inflexion. Notre Projet de cartographie des disparités (anglais seulement) avec le Youth Wellness Lab du FIFSW est la prochaine étape pour comprendre les points du continuum des services de bien-être de l’enfance où les familles afro-canadiennes connaissent ces résultats disparates.

Nous allons également publier en septembre un Guide des meilleures pratiques en matière de services aux Afro-Canadiens. Ce guide fournira aux agences de bien-être de l’enfance des éléments clés pour leur travail avec les familles afro-canadiennes. Et notre ressource Composer avec le système du bien-être de l’enfance aborde directement l’idée que les familles afro-canadiennes ont besoin d’un soutien spécifique pour composer avec les systèmes de l’Ontario, car ceux-ci ne sont pas conçus pour elles.

Ensuite, nous avons des initiatives de développement du leadership où nous cherchons à savoir qui prend les décisions au sein du bien-être de l’enfance. Parce que cela a un impact sur les services que les familles reçoivent.

Tout est relié. Pour moi, le rapport est le « quoi » et tout ce que nous faisons est le « comment ». En tant qu’équipe, nous nous engageons à utiliser ces données pour éclairer notre travail et, en fin de compte, aider nos membres à améliorer les résultats pour les familles afro-canadiennes en Ontario. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Cliquez ici pour lire le rapport complet (anglais seulement). Pour en savoir plus sur le programme Une vision une voix, visitez le site www.oacas.org/fr/ce-que-nous-faisons/unevisionunevoix/.