Reprendre leurs enfants : Le parcours vers la désignation pour Nogdawindamin Family and Community Services

Kerry Francis, directeur général de Nogdawindamin Family and Community Services (NOG), s’est récemment assis avec nous pour parler de la désignation de son agence, du parcours qu’il a fallu pour y arriver, et de ce que cela signifie pour lui et les communautés des Premières nations de la rive nord.

À compter du 1er avril 2017, Nogdawindamin Family and Community Services assumait la responsabilité en tant qu’autorité du bien-être de l’enfance reconnue pour les Premières nations de la rive nord du lac Huron. Félicitations! Pouvez-vous d’abord nous dire ce que cela signifie d’être une agence désignée, et nous décrire le processus que votre agence a dû suivre pour y arriver?

Ce que cela signifie? Wow! Quelle célébration. Je suis sincèrement honoré, à titre de directeur général, d’avoir participé à ce parcours au cours des quatre dernières années. Nogdawindamin existe depuis près de 27 ans, mais ces 7 dernières ont réellement été les plus intensives quant au renforcement de notre capacité d’assumer la responsabilité du bien-être de l’enfance dans les sept Premières nations de la rive nord. Donc j’imagine que c’est ainsi que j’aimerais répondre à cette question. C’est juste tellement puissant. Je ne suis pas certain que je m’y fais à l’idée encore.

Et comment définiriez-vous ce que cela représente d’être une agence du bien-être de l’enfance désignée?

La désignation signifie que nous avons reçu l’approbation [du ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse (MSEJ)] d’offrir des services du bien-être de l’enfance en vertu de la loi provinciale. Mais pour nous, c’est aussi d’offrir ces services d’une façon culturellement appropriée.

Quels sont certains des défis que vous avez dû relever en étant désignés?

Naturellement et respectueusement, nous avons dû nous soumettre au cadre de capacité du MSEJ, à ses directives, et à ses stades. Il nous a probablement fallu l’équivalent de six années pour suivre ce processus exhaustif. Mais laissez-moi vous dire, il y a eu une collaboration incroyable avec le MSEJ tout au long du processus.

Mais il y avait aussi énormément de travail à accomplir pour établir des partenariats avec les sept Premières nations de notre territoire de compétence. Certainement, nous n’avons pas agi isolément. Il s’agissait d’un réel partenariat entre notre agence et les Premières nations.

Pourquoi la désignation est-elle importante pour Nogdawindamin ainsi que les communautés et les familles des Premières nations que vous servez?

Eh bien, cela est important selon la perspective des droits des Premières nations et des parents. Ces communautés n’ont jamais abandonné leur droit inhérent relativement aux enfants pour lesquels nous assumons la responsabilité. Au cours de la dernière année, j’ai entendu tant de chefs parler du fait que nous devons réclamer la responsabilité de nos enfants. Nous devons nous assurer que nos enfants sont attachés aux Premières nations, qu’ils reçoivent des services culturels, qu’ils sont connectés aux services communautaires, qu’ils savent d’où ils viennent, qu’ils connaissent leurs racines, qu’ils sont attachés à la famille.

La désignation de NOG exige que les sociétés d’aide à l’enfance (SAE) d’Algoma et de  Sudbury abandonnent l’autorité pour les services du bien-être de l’enfance dans vos communautés. Ce rétablissement de l’autorité est une priorité de la Commission de vérité et réconciliation et aussi du système du bien-être de l’enfance de l’Ontario. Comment NOG a‑t‑elle travaillé avec ces agences au cours du processus de désignation?

Je dois dire que les deux SAE nous ont beaucoup appuyés. Nous avons fait face à des défis, mais nous étions toujours capables de nous présenter à la table, de prendre un café, d’avoir une conversation, et d’aborder ces défis. Elles nous ont appuyés beaucoup lorsqu’il était question de partager de l’information et d’y avoir accès, ainsi que de fournir du mentorat et du soutien en matière de détachement de notre personnel afin de nous assurer qu’il comprenait le rôle du bien-être de l’enfance, les normes, les lois et les processus juridiques.

Et comment NOG continuera-t-elle à travailler avec ces SAE voisines?

Il y a beaucoup de respect mutuel entre Nogdawindamin et Sudbury, et entre Nogdawindamin et Algoma. Nous avons maintenant établi deux protocoles inter-agences, qui décrivent la façon dont nous travaillerons ensemble. Parce que nous faisons affaire avec deux centres urbains importants, Sault Ste. Marie et Sudbury, notre travail de collaboration se poursuivra.

Quelle différence feriez-vous entre les services que votre agence offrira et ceux que les SAE offraient?

Eh bien, évidemment, nous devons nous conformer à la Loi sur les services à l’enfance et à la famille (LSEF) et à toutes les normes qui régissent le bien-être de l’enfance en Ontario. Mais nous offrons des services différents.

Lorsque nous avons commencé le processus de renforcement de la capacité, le conseil d’administration, l’ancien directeur général et les chefs m’ont dit de m’assurer que nous aurions des discussions. C’est ce que nous avons fait. Nous nous sommes déplacés et avons eu des conversations avec les chefs, les membres des conseils de bande, des Aînés, ainsi que certaines personnes qui étaient liées au bien-être de l’enfance et d’autres qui ne l’étaient pas.

Ce processus si exhaustif nous a permis d’émettre 72 recommandations. Et je peux vous garantir que nous avons étudié chacune de ces recommandations au cours des sept dernières années, afin de nous assurer qu’elles sont intégrées dans notre processus.

L’un des aspects les plus importants dont on nous a demandé de tenir compte était de ramener notre culture : ramener les cérémonies; ramener les enseignements; ramener les cercles de discussion. Jusqu’à il y a environ trois ans, NOG avait un Aîné en résidence. Aujourd’hui, nous avons quatre Aînés en résidence, qui travaillent avec les enfants pris en charge, nos parents offrant des soins de remplacement et notre personnel. Ils aident aussi à assurer la médiation et faciliter les cercles de discussion.

Pouvez-vous donner d’autres exemples de la façon dont vous avez intégré la culture dans votre processus?

L’une des choses merveilleuses que nous avons faites est de placer nos équipes du bien-être de l’enfance directement dans les Premières nations. Cela permet d’avoir un processus holistique et complet de notre modèle de bien-être de l’enfance, avec du personnel siégeant à la table avec du personnel de prévention, des représentants de bandes, et d’autres fournisseurs de services de santé et sociaux communautaires, ainsi que de faciliter les examens de dossiers avec les familles – en élaborant des plans de sorte que les familles et les enfants reçoivent les services dont ils ont besoin. Donc, voilà en quoi consiste notre modèle, et évidemment, en incluant les Aînés et la culture dans l’ensemble de la méthode de planification des services.

Les soins conformes aux traditions sont un autre composant que nous avons intégré dans notre pratique du bien-être de l’enfance. Nous avons hérité de 52 dossiers du tribunal, d’Algoma et de Sudbury. Notre direction et notre conseil d’administration nous ont ordonné d’envisager des solutions de rechange. Ces cas peuvent-ils être gérés grâce à des ententes de placement selon les soins conformes aux traditions qui engagent des représentants de bandes des Premières nations et l’équipe de prévention communautaire?

Pouvez-vous expliquer en quoi consistent les placements selon les soins conformes aux traditions et en quoi ils sont différents des autres formes de placement?

Notre interprétation des placements selon les soins conformes aux traditions engage la mère, engage le père, et engage la Première nation. Collectivement, nous plaçons les enfants à l’extérieur du domicile familial. Placer les enfants n’est pas ce que nous voulons. Si nous pouvons faire en sorte que les enfants restent à la maison, c’est ce que nous souhaitons faire. Mais dans les situations [où les enfants doivent être placés], il s’agit d’une décision collective : des placements chez des tantes, des oncles, des grand-mères, des grands-pères, ou d’autres membres de la communauté. Notre priorité est de placer les enfants dans des familles autochtones ou Anishinabek.

Lorsque nous avons entrepris notre processus de transition, nous avions 12 enfants placés selon les soins conformes aux traditions. Grâce à la transition, nous en avons maintenant plus de 42. Et nous ouvrons des foyers offrant des soins conformes aux traditions. Actuellement, nous gérons 71 foyers approuvés. Nous avons donc d’importantes ressources quant à l’accessibilité aux placements.

C’est incroyable. Nous avons entendu dire que les agences désignées ont de la difficulté à trouver des foyers offrant des soins conformes aux traditions approuvés. Il semble que ce soit réellement une force de NOG.

Effectivement. Mais je dois vous dire qu’il y a environ 14 mois, notre agence fonctionnait avec moins de 35 foyers. Nous avons donc fait un investissement énorme. Nous avons mis sur pied une équipe de recrutement, dotée d’un superviseur et de trois employés. Et ils ont réussi à augmenter le nombre de foyers au-delà de 71. Actuellement, nous pouvons placer 100 enfants avec ces ressources.

Quels sont certains défis auxquels font face les familles avec lesquelles Nogdawindamin travaille?

Selon une perspective communautaire, l’un des défis les plus importants auxquels nous faisons face actuellement est l’accessibilité aux soins de santé mentale pour les enfants. J’ai participé à des examens de cas hier, et la plupart des cas étaient des demandes de parents pour placer leurs adolescents en raison de leur comportement. Il s’agit d’enfants qui sont incapables de s’en sortir et n’ont pas accès à des services de santé mentale à l’intention des enfants.

Pour préciser, ces enfants ont affaire au système du bien-être de l’enfance parce que leur famille a de la difficulté avec leur comportement, et le bien-être de l’enfance est l’un des rares endroits où on peut trouver du soutien?

Oui.

Donc, il ne s’agit pas nécessairement de familles à propos desquelles on enquête pour des questions de maltraitance. Il s’agit davantage du manque général de ressources dans la région?

C’est exact.

Notre conseil d’administration a adopté une position forte concernant le soutien des sept Premières nations auxquelles nous voulons offrir notre propre modèle de soins de santé mentale à l’intention des enfants par l’entremise de Nogdawindamin. Et la province a dit récemment qu’elle était prête à nous rencontrer pour étudier un modèle.

Qu’est-ce qui rend ce travail si significatif pour vous?

Notre agence a son propre tambour. Et ce qui vient vraiment me chercher est lorsque j’entends ce tambour. Je suis même ému actuellement. Pour moi et ma directrice de services, Karen Kennedy, lorsque nous entendons ce tambour, cela nous rappelle simplement pourquoi nous faisons cela. Et il s’agit de répondre aux besoins de ces 120 enfants pris en charge.

Par ailleurs, il s’agit aussi d’aider les Premières nations à répondre aux besoins des enfants qui ont affaire au système du bien-être de l’enfance, ainsi que d’offrir du soutien aux pères et aux mères afin qu’ils puissent vivre une vie saine et franchir leurs étapes importantes. Voilà ce qui vient vraiment nous chercher.

Comment votre agence célébrera-t-elle sa désignation?

Nous aurons une grande célébration. Elle aura lieu dans l’une de nos communautés centrales, et sera tenue par la chef Elaine Johnston et son équipe de direction. Nous inaugurerons notre journée selon une perspective culturelle, en tenant une cérémonie du lever du soleil à 6 h 45, suivie d’une grande entrée culturelle officielle, où certains de nos enfants danseront dans des robes à clochettes.

L’une des choses que nous tentons de faire est de tenir une cérémonie de bienvenue à la maison pour certains des enfants dont nous avons accepté d’être responsables, afin de reconnaître ces enfants, ainsi que d’accepter la propriété au nom des Premières nations.

Il s’agira certainement d’une journée de réalisation importante pour ces sept Premières nations et Nogdawindamin.

Premières nations sur la rive nord

Première nation Atikameksheng : Atikameksheng Anishnawbek sont des descendants des nations Ojibway, Algonquine et Odawa. La Première nation est située à environ 19 km à l’Ouest de la Ville du Grand Sudbury. Le territoire actuel est de 43 747 acres, dont la plus grande partie est occupée par des forêts de feuillus et de conifères, entourées de huit lacs, et comptant 18 lacs sur le territoire. La population totale est d’environ 1 220 membres.

Sagamok Anishinawbek : Sagamok Anishinawbek, qui signifie « deux parties qui se joignent », est située à environ 120 kilomètres à l’Ouest de Sudbury. La culture et la langue de Sagamok est l’Anishinabek, et la Première nation est composée des tribus Ojibway, Odawa et Pottawatomi. Les membres de la communauté de Sagamok sont aussi connus sous le nom de Three Fires Peoples, et la communauté compte bien au-delà de 2 000 membres. Un peu plus de 50 % des membres vivent dans la réserve, les autres vivant dans des emplacements urbains.

Première nation Serpent River : La Première nation Serpent River fait partie des terres non cédées retenues par les Ojibway qui habitent traditionnellement la rive nord de la rivière St. Mary et de la baie Georgienne. La Première nation Serpent River est située à environ 160 kilomètres à l’Est de Sault Ste. Marie, ou environ 140 kilomètres à l’Ouest de Sudbury. La réserve consiste en un territoire de 26 947 acres, le long de la rive nord de la baie Georgienne. Les résidents sont membres de la nation Ojibway, et la communauté compte environ 1 381 membres au total.

Première nation Mississauga : La communauté est située à l’embouchure de la rivière qui partage son nom, la Mississaugi. Prononcée dans la langue anishnaabemowin, c’est Misswezhaging, qui signifie « de nombreux comptoirs ». Bien que la communauté vive dans les limites de la « réserve », le territoire traditionnel s’étend vers le bassin versant Huron. Les ancêtres des Mississauga et les Mississauga actuels se sont déplacés le long de la rivière Mississaugi, en utilisant ses ressources abondantes. Aujourd’hui, la Première nation a une population d’environ 1 120 résidents.

Première nation Thessalon : La Première nation Thessalon est un territoire de 6,4 km carrés constitué d’espaces résidentiels et commerciaux. La Première nation Thessalon est constituée d’un établissement riverain de 2 261 acres, ainsi que des 167,4 km carrés au Nord du comté de Thessalon. Aujourd’hui, la Première nation Thessalon a une population de près de 732 membres de bande.

Première nation Garden River : Aussi connue sous le nom de Ketegaunseebee (Gitigaan-ziibi Anishinaabe, en langue Ojibway), la Première nation de Garden est une bande Ojibway située à Garden River 14, près de Sault Ste. Marie. La Première nation Garden River a une population de 2 134 membres. La réserve de Garden River consiste en deux zones non contiguës, totalisant 51 159 acres.

Première nation Batchewana : La Première nation Batchewana est une Première nation Ojibway dont les terres traditionnelles longent la rive est du lac Supérieur, de la baie Batchawana à l’île Whitefish. La Première nation a une population totale de 2 400 résidents.

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