Trouver la bonne famille adoptive pour un enfant pris en charge est l’un des aspects les plus difficiles du travail d’une intervenante en adoption. C’est aussi l’un des plus gratifiants.

Karen Kartusch, chef de l’adoption régionale, et Candace Tokiwa, intervenante en adoption, discutent de leur travail en adoption publique.

Que fait exactement une intervenante en adoption?

Candace:

Le travail est beaucoup plus complexe que la plupart des gens s’imaginent. C’est un énorme processus dont la première étape est d’apprendre à connaître un enfant dès qu’il est pris en charge. Nous travaillons en partenariat avec l’intervenant de l’enfant et les intervenants en protection continue, lorsqu’ils tentent toujours de réaliser le principal objectif d’une Société d’aide à l’enfance (SAE), qui est de réintégrer l’enfant dans sa famille. Mais comme nous savons que rien n’est prévisible en bien-être de l’enfance, nous travaillons aussi à un second plan, au cas où l’enfant ne serait pas en mesure de retourner dans sa famille biologique. Nous appelons cela la planification parallèle.

Karen:

Les intervenantes en adoption ont aussi la responsabilité de recruter des familles, de former les familles par l’entremise de notre programme de formation PRIDE, de mener les études du milieu familial permettant d’évaluer si les familles sont aptes à assumer ce rôle parental, de gérer les familles qui attendent des enfants, de jumeler les familles avec les enfants en attente d’adoption, ainsi que d’appuyer les enfants et les jeunes après qu’ils ont été placés, durant une période nommée placement à l’essai en vue d’une adoption. Et lorsque les adoptions sont conclues, nous continuons aussi d’appuyer les familles par l’entremise de divers soutiens après l’adoption.

Selon vous, quel serait l’aspect le plus difficile de votre travail?

Candace:

Lorsque nous parlons de trouver les bonnes familles pour répondre aux besoins d’un enfant, nous voulons réellement dire que l’une des nos tâches et responsabilités importantes est d’expliquer aux familles la façon dont les besoins de l’enfant se traduiront à mesure qu’il grandira. De nombreuses familles se renseignent au sujet de l’adoption, mais il y a un écart entre leur perception et la réalité de l’adoption publique lorsqu’elles nous appellent pour la première fois. Elles veulent des enfants qui s’intégreront facilement dans leur famille, alors que nous recherchons des familles qui s’adapteront pour répondre aux besoins des enfants. Notre défi en tant qu’intervenantes en adoption est d’aider ces familles à comprendre qu’il y a une raison pour laquelle les enfants et les jeunes sont pris en charge. Ils ont été exposés à la drogue et à l’alcool, aux mauvais traitements et à la négligence, et il y a de fortes probabilités que ces expériences traumatisantes aient un impact sur leur développement, si ce n’est pas maintenant, alors plus tard lorsqu’ils iront à l’école. Mais comme les gens veulent souvent un bébé en santé, il est difficile de les jumeler. C’est un travail difficile.

Karen:

Le bon côté est qu’avec le temps, de l’éducation et de l’évaluation, la plupart des familles avec lesquelles nous travaillons peuvent renforcer leur capacité de s’occuper d’enfants très difficiles. Mais malheureusement, certaines familles ont beaucoup de difficulté à y arriver – ce n’est pas ce qu’elles prévoyaient ou envisageaient lorsqu’elles ont communiqué avec nous pour la première fois. En même temps que nous expliquons aux familles ce qu’il leur faudra pour élever leur enfant, nous leur communiquons clairement qu’elles bénéficieront de nombreux soutiens. Personne ne s’attend à ce qu’elles fassent cela seules.

Le projet Une vision une voix met l’accent sur l’importance de jumeler les enfants et les jeunes afro-canadiens avec des familles qui partagent leurs origines. Est-ce un autre aspect du travail de jumelage que vous accomplissez?

Karen:

Cela est à l’avant-plan de notre travail. Nous comprenons maintenant plus que jamais à quel point il est crucial que les enfants et les jeunes afro-canadiens soient placés dans des familles de mêmes race et culture, et que les enfants et les jeunes LGBTQ afro-canadiens soient placés dans des foyers qui appuient leurs identités raciale et sexuelle. Il est crucial que les enfants afro canadiens soient appuyés pour qu’ils acquièrent une identité positive alors qu’ils grandissent et évoluent, particulièrement alors qu’ils deviennent pleinement conscients des différences et des iniquités sociales. Cela est une priorité dans notre planification de l’adoption, et nous devons souvent faire appel à nos agences partenaires de partout dans la province lorsque nous nous efforçons de trouver le bon jumelage.

Les critiques de l’adoption publique disent que des milliers d’enfants en attente d’adoption ne trouvent jamais de famille. Que répondez-vous à cela?

Karen:

L’une de nos difficultés de communication est d’expliquer aux gens que l’adoption est seulement un des multiples résultats de permanence pour nos enfants et nos jeunes qui sont des pupilles de la Couronne. La communauté parle des 5 000 pupilles de la Couronne qui « restent » dans notre système de placement d’accueil, et croit que ces enfants et jeunes n’ont pas de plan de permanence et attendent tous d’être adoptés. Cela n’est pas exact. Les gens ne comprennent pas que de nombreux pupilles de la Couronne vivent en fait chez des proches, ou des membres de la famille biologique, par exemple, et que le plan n’est donc pas de rechercher une famille adoptive qui leur est inconnue. Ce nombre de 5 000 inclut aussi des centaines de pupilles de la Couronne qui ont déjà été placés en vue d’une adoption en Ontario, mais pour lesquels l’adoption n’a pas encore été conclue devant un tribunal.

Une deuxième difficulté de communication consiste à expliquer au public que bien que l’adoption puisse être le meilleur résultat de permanence pour de nombreux enfants, elle n’est pas du tout un processus rapide. La planification de l’adoption nécessite du temps, particulièrement maintenant, alors que les adoptions incluent de plus en plus des relations de « communication » avec la famille biologique de l’enfant.

Nous reconnaissons que des améliorations au système d’adoption sont nécessaires en Ontario, comme uniformiser les pratiques incohérentes d’une SAE à l’autre, ainsi que l’existence d’autres défis inhérents à un système fragmenté. Nous voulons aussi augmenter le nombre d’adoptions. Pour relever ce défi, les SAE de Kawartha-Haliburton, de Highland Shores et de Durham participent à un programme régional novateur de services partagés en adoption. L’objectif de ce partenariat régional est d’offrir aux familles souhaitant adopter un enfant une expérience d’adoption plus cohérente, équitable et adaptée dès le départ, ainsi que de renforcer notre capacité de planifier les services d’adoption pour nos enfants et nos jeunes.

Pouvez-vous décrire les enfants en attente d’adoption avec lesquels vous travaillez actuellement?

Candace:

La plupart des enfants – et cela est quelque chose que les gens ne comprennent pas – ont été exposés avant la naissance aux drogues et à l’alcool, et dans de nombreux cas, leurs parents ont des problèmes de santé mentale, et les enfants risquent d’en hériter. Nous avons aussi de nombreux enfants plus âgés et des groupes de frères et sœurs qui veulent être adoptés ensemble. Ce n’est pas une population uniforme – elle varie réellement d’un jour à l’autre, d’un mois à l’autre. J’ai des enfants dont l’âge varie entre 0 et 16 ans. J’ai actuellement plusieurs jeunes enfants qui ont été exposés à de la consommation abusive de drogue avant la naissance. Mais j’ai aussi placé récemment un enfant de 16 ans en vue d’une adoption – c’était merveilleux.

À quels autres processus d’apprentissage une famille adoptive doit-elle s’attendre?

Karen:

Les familles adoptives devront comprendre la législation actuelle en matière d’adoption, qui inclut des dispositions prévoyant la « communication » avec la famille naturelle. En adoption, la réalité n’est plus que les pupilles de la Couronne n’ont pas accès aux personnes faisant partie de leur passé, et les parents adoptifs doivent savoir cela dès le départ. Nous offrons beaucoup d’éducation et de travail préalable pour favoriser cette compréhension.

Candace:

Compte tenu de la « communication », nous recherchons des relations significatives qui sont bénéfiques pour l’enfant. J’ai des familles qui se rendent plusieurs fois par année chez la mère naturelle, et qui à Noël, l’emmènent pour prendre une photo avec le père Noël, et vont ensuite dîner ensemble. La famille adoptive a accueilli ce parent et accepte cette relation parce qu’elle est importante pour l’enfant. C’est aussi un cadeau pour les parents adoptifs, dont ils ne sont peut-être pas conscients au moment même, parce que cela exige des efforts. Lorsque vous adoptez, vous ouvrez votre vie à la famille de cet enfant.

Comment une intervenante en adoption contribue-t-elle à favoriser la « communication » dans une adoption?

Karen:

L’intervenante en adoption doit accomplir beaucoup de travail préalable avec la famille naturelle et la famille adoptive. Nous ne voulons pas faire en sorte que la famille biologique ait certaines attentes et qu’elle soit ensuite déçue. Et nous ne voulons pas non plus créer de malentendu avec une famille adoptive. Donc, parallèlement à la préparation d’un enfant en vue d’une adoption, une grande partie du travail d’une intervenante en adoption est de préparer les adultes à aller de l’avant, et à envisager une nouvelle relation qui est différente de ce qu’une relation de communication aurait été précédemment.

Votre travail semble difficile et émotionnel. Selon vous, quel serait l’aspect le plus difficile de votre travail?

Candace:

Lorsque nous constatons qu’une famille éprouve des difficultés après avoir adopté. En tant qu’intervenantes, nous avons le sentiment que la réussite de l’adoption nous appartient et que nous en sommes responsables. Souvent, ce n’est que très longtemps après l’adoption que les familles admettent avoir de la difficulté, lorsqu’elles ont perdu confiance. Le rôle parental n’est pas facile, et dans ces situations, ces personnes deviennent parents en très peu de temps. Lorsque ces familles atteignent ce stade, je suis là pour les aider. Selon la situation, je peux continuer d’être engagée durant deux ans pour offrir du soutien. Je reste présente jusqu’à ce que les familles aient pris de l’assurance, et qu’elles sentent qu’elles ont les moyens nécessaires.

Et que décririez-vous comme étant le meilleur aspect de votre travail en tant qu’intervenante en adoption?

Candace:

C’est merveilleux de participer à la conclusion d’une adoption. L’un des moments les plus gratifiants est de voir un parent qui affirme enfin qu’un enfant est le sien. Voir des enfants et des jeunes que je place en vue d’une adoption avoir finalement le sentiment d’être « chez eux » est aussi vraiment valorisant. J’adore voir des familles réussir.

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