Personne ne sait mieux que Violet-Rose Pharoah que le parcours vers l’appartenance peut être long et difficile.

Dans ce témoignage personnel, une ancienne enfant prise en charge décrit son parcours vers une famille à jamais.

Quelqu’un m’a déjà dit que les personnes qui sont censées vous aimer se retrouveront toujours sur votre chemin. En tant que personne qui a passé plus de 15 ans en placement d’accueil et a été adoptée à deux reprises, ces mots ont marqué ma vie à jamais. Mes expériences de vie ont fait de moi une fervente croyante que les personnes qui sont dans notre vie sont là pour une raison – parfois pour nous aider à croître, pour nous enseigner quelque chose, ou encore pour nous aimer jusqu’à ce que nous apprenions à nous aimer nous-mêmes.

J’avais trois ans la première fois que j’ai été adoptée, trop jeune pour m’en souvenir, mais j’ai de petits souvenirs complices avec moi. Une photocopie de l’annonce qui a été publiée dans le journal local avisant mes parents biologiques de mon adoption, une annonce qui est restée sans réponse. Une lettre manuscrite usée sur une feuille jaune de format légal, écrite par mon père derrière les barreaux dans une minuscule cellule de prison. La page est pleine de mots, et pourtant, il n’y a qu’une seule phrase que je relis souvent : « La seule contrariété est que je ne sortirai pas à temps pour avoir Rose. » Une ordonnance d’adoption officielle, Dossier du tribunal no A-57-82, une série de lettres et de chiffres qui détiennent le pouvoir de confirmer ma nouvelle identité en tant que personne ayant été adoptée. Et enfin, il y a cette photo de moi. Je suis vêtue d’une légère robe bleue avec un col en dentelle délicat, mes mains parfaitement placées, l’une au-dessus de l’autre, et mon tendre visage innocent qui me sourit. Un sourire qu’un photographe m’a persuadé d’adopter pour créer une image d’un moment heureux – à un moment dont je ne me souviendrais pas.

Au cours des années suivantes, j’allais avancer dans la vie, en sachant que j’avais été adoptée, bien que je ne conçoive pas cet événement comme ayant une signification particulière. Tout ce que je sais et tout ce à quoi je m’accroche est le fait que j’ai une famille qui me procure un chez-moi. Mais tout cela allait changer à l’âge de 9 ans. On m’a retirée de ma famille adoptive et placée à nouveau dans une famille d’accueil parce que je subissais des mauvais traitements. Quelques années plus tard, comme je ne pouvais pas retourner dans ma famille d’adoption, on a fait de moi une pupille de la Couronne, le gouvernement agissant comme mon parent. Je ne sais pas trop comment nommer une adoption qui n’a pas fonctionné – certaines personnes pourraient appeler ça une adoption ratée – bien que je ne la vois pas ainsi. Il n’y avait pas d’échec. Il y avait des circonstances et des raisons qui ont mis fin à l’adoption, une nécessité absolue pour ma sécurité personnelle. Même à ce jour, je me rends compte que les choses que j’ai combattues alors que je m’adaptais à la vie sans ma famille adoptive peuvent sembler anodines, et malgré tout, elles ont eu un impact durable sur moi. Le sentiment étrange et persistant de savoir que pas si loin, il y avait une maison où des albums contenant des photos de moi et une chambre où je jouais et que j’appelais ma chambre – où je ne retournerais jamais.

Alors que je poursuivais ma nouvelle vie en tant que pupille de la Couronne, j’ai fini par trouver un sentiment de stabilité et de normalité lorsque j’ai été placée dans une famille où je suis restée pendant huit ans. Avec le temps, je me suis retrouvée à faire partie d’une famille au quotidien, mais c’était différent cette fois-là. Je portais l’étiquette d’« enfant placée ». Une étiquette qui me marquait comme une étrangère dans ma famille d’accueil et dans le monde, portant souvent la stigmatisation en tant que personne qui était démolie ou troublée. Il n’y a aucun doute que j’avais des défis à relever alors que je m’efforçais de trouver un sens aux changements abrupts dans ma vie et à l’impact du traumatisme que j’avais subi. Je comprenais aussi entièrement tout ce qui se passait et s’était passé. On m’avait directement engagée dans le processus faisant de moi une pupille de la Couronne, une expérience qui a consolidé en moi la croyance que j’étais en quelque sorte seule. Cette croyance est devenue une force motrice dans ma vie, même quand on m’a donné la possibilité d’être adoptée par ma famille d’accueil.

Je ne me souviens pas qu’on ait discuté de la possibilité que je sois adoptée; j’ai donc été prise de cours lorsque mes parents d’accueil me l’ont demandé. Bien que je me sois considérée comme faisant partie de leur famille, j’avais toujours estimé que cela était temporaire; j’allais poursuivre ma vie et vivre seule lorsque je sortirais du système à l’âge de 21 ans. J’avais aussi récemment rétabli les liens avec ma mère et mes frères et sœurs biologiques, ce qui a créé un sentiment confus de loyauté, même si je n’avais jamais connu cette famille-là non plus. Bien que cela soit difficile à comprendre, j’ai dit « non » lorsqu’on m’a offert d’être adoptée. Ce n’est pas que je ne voulais pas une famille; je n’étais tout simplement plus certaine de ce qu’une famille signifiait pour moi, et honnêtement, il aura fallu pas mal de temps avant que j’en sois certaine. Bien que ma famille d’accueil ait été déçue, elle m’a appuyée et a respecté ma décision. Je suis restée placée chez elle jusqu’à ce que je quitte la prise en charge en raison de mon âge, et j’ai perdu peu à peu tout contact avec cette famille.

J’avais 28 ans la deuxième fois que j’ai été adoptée – assez âgée pour comprendre et suffisamment intelligente pour savoir que non seulement je méritais d’avoir une famille, mais que je voulais plus que tout faire partie d’une famille. Après avoir quitté la prise en charge en raison de mon âge, je m’étais battue, me retrouvant enfouie dans la froide réalité d’une tentative de créer ma propre vie. Empêtrée dans mes propres luttes contre la pauvreté, le SSPT et la toxicomanie, j’ai été atterrée par la vie; je ne pouvais aller de l’avant que si j’abdiquais. Lentement, lorsque j’ai commencé à déballer les années de douleur et de confusion, ma vie a commencé à s’orienter vers la guérison – c’est là que je me suis rappelé le moment où ma famille d’accueil m’avait offert de m’adopter. Je savais que cette fois-ci, j’étais prête. J’ai rassemblé mon courage pour rétablir les liens avec cette famille et leur demander si l’offre tenait toujours. J’ai alors trouvé ma « famille à jamais » exactement là où je l’avais laissée plusieurs années auparavant, qui m’attendais le cœur grand ouvert.

Comme l’adoption à l’âge adulte n’est pas aussi courante, le processus a pris un certain temps et a nécessité aussi de trouver les bonnes personnes – des personnes qui comprenaient que l’adoption est beaucoup plus que simplement de la bureaucratie et des formalités, mais plutôt un parcours vers l’unification de cœurs. Peu après la conclusion de l’adoption, ma nouvelle famille adoptive a organisé pour moi une réception-cadeau pour bébé. Évidemment, j’étais loin d’être un bébé, et malgré tout, cet événement a symbolisé mon accueil dans la famille. Alors que j’étais assise entourée de personnes que j’aimais, en sachant qu’elles m’aimaient aussi, je me suis rappelé que l’amour n’est pas seulement ce qui nous ramène à la maison – mais qu’il est aussi ce qui fait de nous une famille.

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