100e anniversaire

Alors et maintenant : Moments dans l’histoire du bien-être de l’enfance en Ontario
Les enfants immigrants

MAINTENANT

Les enfants et les familles sans papiers, ou « nouveaux arrivants », font face à des défis particuliers dans un nouveau pays et dans leurs liens avec les secteurs des services sociaux. Les sociétés d’aide à l’enfance (SAE) de l’Ontario sont engagées dans une collaboration continue avec des organismes gouvernementaux, législatifs et communautaires et ont entrepris plusieurs initiatives pour mieux offrir des services aux communautés de nouveaux arrivants.

Par exemple, la SAE de Peel a contribué à élaborer un protocole en collaboration avec les services de citoyenneté et frontaliers; elle applique une politique spécifique lorsqu’il s’agit d’enquêter sur des problèmes liés aux mineurs non accompagnés. La SAE de Peel a aussi une entente avec des avocats bénévoles pour offrir de l’aide aux enfants séparés n’ayant pas de statut d’immigration. La SAE a une équipe d’employés en protection dotés des connaissances et de l’expertise dans le domaine de l’immigration qui travaille avec les nouveaux arrivants et offre des services de consultation par l’entremise de la SAE et du secteur.

À l’instar de la SAE de Peel, plusieurs SAE de la RGT font partie d’un groupe de liaison, incluant l’Agence des services frontaliers du Canada et Immigration Canada, afin de continuer à discuter de la façon de mieux servir les nouveaux arrivants, notamment les mineurs non accompagnés et les enfants séparés.

 Photo de petits immigrés britanniques, année inconnue

Photo de petits immigrés britanniques, année inconnue.

« Des milliers d’enfants britanniques, vivant déjà dans des circonstances pénibles, ont été largués pour être surmenés et maltraités par les premiers colons du Canada qui étaient généralement honnêtes, mais des maîtres exigeants. » (Bagnell, Kenneth (2001). The Little Immigrants: the orphans who came to Canada. Dundurn Group p. 44)

ALORS

Au XIXe siècle, le problème du nombre croissant d’enfants négligés et orphelins en Grand-Bretagne, combiné aux pénuries de main-d’œuvre dans les colonies britanniques, a mené à un mouvement instauré par des missionnaires évangéliques et des citoyens charitables visant à retirer les enfants des quartiers pauvres urbains et à les envoyer dans les colonies britanniques en Amérique du Nord, où on leur promettait une meilleure qualité de vie.

Cependant, une controverse croissante a attiré l’attention sur le fait que ces enfants représentaient « un segment indésirable » de la société britannique et qu’ils étaient laissés aux colonies, incluant le Canada, pour qu’elles en prennent soin. Les enfants étaient séparés de leurs familles ainsi que de leurs frères et sœurs à un très jeune âge, et on a découvert que nombre d’entre eux n’étaient pas orphelins du tout. On estime que, entre 1870 et 1957, plus de 100 000 enfants (70 000 en Ontario seulement) ont été envoyés au Canada par plusieurs organismes, le plus connu étant les foyers du Dr Barnardo. On rapportait qu’à l’origine, les Canadiens avaient réalisé ce programme avec des bonnes intentions en raison de la terrible pénurie de main-d’œuvre sur les fermes et dans les collectivités rurales avoisinantes.

Arrivant au Canada, souvent après de longs et périlleux périples transatlantiques, les enfants étaient placés temporairement dans des foyers établis à Toronto, Belleville et Niagara-on-the-Lake, avant d’être dirigés vers leurs lieux d’affectation. Il semblait que les réussites des placements étaient souvent axées sur les besoins de la famille plutôt que sur ceux de l’enfant. Des documents de surveillance mentionnaient les efforts déployés pour s’assurer de la satisfaction de la famille « adoptive », contrairement au modèle actuel, qui allie les besoins d’un enfant à ceux d’une famille dans l’intérêt véritable du mieux-être de l’enfant. Mme Barber, du Miss Macpherson’s Knowlton Home, a noté dans son journal : « Chaque personne qui prend des enfants les a à l’essai pour la première année, et a le droit de les retourner si elle n’est pas satisfaite. » (Sutherland p. 10).

Au cours d’une période de cent ans commençant au milieu des années 1800, la foule d’enfants orphelins, négligés et dépendants au Canada, particulièrement en Ontario, s’est accrue de plus de 100 000 enfants. Ces « petits émigrés » étaient placés temporairement dans de grandes résidences d’adoption avant d’être envoyés dans des collectivités plus rurales, où leurs services étaient requis en tant que travailleurs agricoles et domestiques à bon marché.

Bien que certains petits émigrés aient réussi, d’autres ont été maltraités et exploités, et les enquêtes d’allégations de mauvais traitements étaient souvent inadéquates. On a beaucoup écrit sur les expériences de vie difficiles d’un grand nombre de ces enfants, dont la vie n’était pas toujours facile et pour qui les promesses faites lorsqu’ils ont quitté leur pays n’ont pas été respectées. On estime que 12 % de la population canadienne peut trouver ses origines chez un petit émigré britannique.

En tant que surintendant de Neglected and Dependent Children, au début des années 1900, JJ Kelso était chargé de surveiller ces placements durant une brève période, jusqu’à ce que cette responsabilité soit assumée par le gouvernement fédéral plusieurs années plus tard. On croyait que la réussite globale d’un grand nombre de ces placements de petits émigrés avait influencé grandement la forte croyance de Kelso en le placement d’accueil.

Références

Anon (22 November 2003), English Orphan Transports: Fairbridge and Foundation Historical Boys Clothing, consulté le 10 mars 2012.

Sutherland, Neil. (2000), Children in English-Canadian Society: Framing the Twentieth Century Consensus, Wilfrid Laurier University Press, Waterloo.

L’ENFANCE ET LA FAMILLE AU XIXe SIÈCLE EN ONTARIO

Le tout premier agent de la SAE du comté de Simcoe - Photo prise en 1918

Le tout premier agent de la SAE du comté de Simcoe
Photo prise en 1918

MAINTENANT

Les barrières de la pauvreté, du revenu et des classes sont reconnues comme étant des facteurs présents chez les enfants et les familles ayant besoin de soutien et d’accès aux services communautaires et sociaux. Le Rapport du bien-être de l’enfance de l’Ontario 2011 énonçait ce qui suit :

« La pauvreté à elle seule n’est pas responsable des mauvais traitements et de la négligence envers les enfants, mais les recherches établissent clairement le lien entre la pauvreté et les mauvais traitements infligés aux enfants, les problèmes de santé mentale et la violence faite aux femmes. Plus de 12 pour cent des familles ontariennes vivent sous le seuil de la pauvreté13. L’Ontario demeure la capitale de la « pauvreté chez les enfants, comptant plus de 412 000 enfants et jeunes (plus de 1 sur 6) vivant dans la pauvreté. Depuis le début de la crise économique en 2008, le recours aux services sociaux a augmenté de 60 pour cent, et les services offerts par les organismes de soutien communautaire et les besoins de leurs clients sont toujours à la hausse. »

L’Association ontarienne des sociétés de l’aide à l’enfance (AOSAE) collabore étroitement avec les organismes du bien-être de l’enfance de l’Ontario relativement au bien-être des enfants, des jeunes et des familles. Les sociétés d’aide à l’enfance (SAE) de l’Ontario ancrées dans la collectivité collaborent avec des organismes de services communautaires, certains de ces partenariats s’étant formés plus récemment qu’au tournant du XXe siècle, pour cerner les besoins des enfants et des familles et y répondre de diverses façons. Ces partenaires incluent, des conseillers, des professionnels médicaux, des organismes de logements sociaux et des banques alimentaires.

L’accent du secteur sur le renforcement de la communauté est renforcé par un engagement à l’anti-oppression, ainsi qu’à la prestation de services et de soutien de façon à réduire les obstacles aux possibilités auxquels font face les communautés marginalisées, notamment les obstacles liés au revenu et à la classe.

ALORS

L’influence mondiale des philosophes européens du XVIe et du XVIIe siècles a entraîné de nombreux changements en Europe et en Amérique du Nord dans les attitudes envers les familles, les enfants et l’éducation des enfants au XVIIIe siècle. Une préoccupation croissante de la valeur humaine et une augmentation des efforts sociaux d’allègement de la souffrance humaine faisaient partie de ce changement culturel. L’inquiétude relative à la vulnérabilité des enfants et de l’impact possible sur l’avenir de la communauté ont fait en sorte que les parents et les leaders communautaires recherchaient diverses façons de réduire les menaces perçues envers leurs familles stables de la part d’enfants criminels appelés délinquants. On s’inquiétait que les enfants et les jeunes élevés dans des familles instables influencent négativement les enfants des familles stables par leurs comportements néfastes et criminels.

Tramways tirés par des chevaux sur la rue Yonge avant les années 1900

Tramways tirés par des chevaux sur la rue Yonge avant les années 1900
Crédit : Chuckman’s Other Collection volume 4

La croissance rapide des secteurs industriel et manufacturier de l’Ontario a attiré des immigrants d’Europe et a créé une classe ouvrière industrielle, ainsi que des quartiers pauvres dans les centres urbains. Les familles qui étaient incapables de bénéficier de l’importante croissance économique et industrielle faisaient aussi face aux réalités de leur nouvelle patrie comme les sécheresses, les maladies et les périodes de dépression économique. Certaines familles ont abandonné leurs enfants, et d’autres les plaçaient comme apprentis pour qu’ils apprennent un métier. Les enfants étaient forcés de travailler à un très jeune âge. Ils vendaient des journaux ou des stylos aux coins des rues et travaillaient de longues heures dans la noirceur et dans des manufactures insalubres; dans certains cas, ils étaient forcés par leurs parents de vivre comme des mendiants ou des voleurs. La vie des familles pauvres et de leurs enfants était dure.

Les enfants de familles pauvres étaient souvent abandonnés ou forcés de travailler dès qu’ils en étaient capables, et certains sont devenus des mendiants ou volaient de la nourriture pour survivre.

« Un grand nombre de ces enfants étaient des nourrissons qui, bien qu’ils aient été dignes des orphelinats, en étant poussés dans la rue, se familiarisaient avec tous les vices et la profanation des pires sociétés. » Kelso, JJ. (1911). De Journalism to Philanthropy: An Early History of the Humane and Children’s Aid Movement in Ontario 1886-1893. Canadian Humane Association

Les familles plus à l’aise des classes supérieures et moyennes ont retiré les bénéfices du changement culturel en mettant davantage l’accent sur la famille et l’éducation des enfants, compte tenu de leur temps de loisirs et de leur niveau de vie aisé. Ce fossé des classes a entraîné une crainte croissante que les enfants des familles pauvres qui n’avaient pas les avantages d’une « bonne éducation familiale » puissent influencer négativement les enfants mieux nantis ainsi que l’avenir de la société. Croyant que c’était leur devoir, des chrétiens enthousiastes ont entrepris d’améliorer la vie de ces moins fortunés. Des personnes comme JJ Kelso, un journaliste bien reconnu comme étant le fondateur du bien-être de l’enfance en Ontario, s’est servi du poste et des compétences qu’il avait pour revendiquer l’« amélioration » des conditions des enfants et de leurs familles.

« Les conditions au Canada étaient souvent comparées à celles de la Grande-Bretagne, où l’existence de la pauvreté était publiquement reconnue et bénéficiait des Lois sur les indigents. Cependant, au Canada, l’attitude répandue était qu’on considérait les pauvres comme étant paresseux, faibles et immoraux. Cela signifiait qu’il n’était pas nécessaire d’avoir de bénéfices permanents pour les pauvres. » (Jones et Rutman p. 16)

L’engagement à la prévention de la cruauté envers les animaux a grandement précédé tout intérêt pour les problèmes de traitement inhumain des personnes. À la fin des années 1700, des réformateurs en Grande-Bretagne ont lancé une campagne visant à prévenir la cruauté envers les animaux. Les Américains ont adopté cette préoccupation au milieu des années 1800 en créant des sociétés de protection des animaux et de prévention de la cruauté envers les animaux, particulièrement envers les animaux de ferme et les animaux de trait. Mais ces sociétés ne se préoccupaient pas des enfants jusqu’en 1873, lorsque le cas bien médiatisé de Mary Ellen Wilson a été connu du public grâce à une grande couverture dans les journaux, et parrainé par la travailleuse communautaire Ella Wheeler.

Lorsqu’Ella Wheeler a découvert Mary Ellen Wilson qui avait été horriblement battue, attachée à un lit dans un logement verrouillé de New York, elle s’est dirigée vers le seul organisme auquel elle pouvait penser pour l’aider à secourir cette jeune fille de huit ans – la Society for the Prevention of Cruelty to Animals (Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux), qui existait depuis 1866. Après que l’enfant a été secourue de sa tragique situation, Mme Wheeler a convaincu le directeur de l’organisme, Henry Bergh, de la nécessité d’implanter une agence pour défendre les intérêts des enfants et prévenir la maltraitance envers ceux-ci. Cela s’est réalisé deux ans plus tard, avec la création de la Society for the Prevention of Cruelty to Children (Société pour la prévention de la cruauté envers les enfants). (Cet organisme existe encore aujourd’hui et se concentre sur des programmes d’éducation des enfants, le rétablissement après un traumatisme et la verbalisation en cas de crise à l’intention des intervenants en bien-être de l’enfance.) Une association d’agences partageant la même vision a été officiellement mise en place sous la forme de l’American Humane Association en 1877. Cette association existe toujours également; elle a été à l’avant-plan de la revendication du bien-être et de la protection de l’enfance, ainsi que de la recherche et des changements législatifs dans ce domaine.

Au Canada, dix ans plus tard, le jeune journaliste torontois, JJ Kelso, a fait un discours passionné devant le Canadian Institute au sujet de la nécessité d’implanter une association de protection contre la cruauté générale. Grâce au soutien positif de l’auditoire, la Toronto Humane Society a été formée seulement quelques jours plus tard en 1877, et M. Kelso est devenu son premier secrétaire général. L’organisme s’était donné intentionnellement le vaste mandat de protéger les animaux et les enfants, afin d’éviter la confusion avec la Toronto SPCA qui n’avait pas réussi à maintenir ses activités de Toronto au cours de la décennie précédente. Le travail de M. Kelso au sein de la Toronto Humane Society ainsi que ses efforts pour aborder les enjeux de la réforme du bien-être de l’enfance ont servi de fondement au système du bien-être de l’enfance d’aujourd’hui. La représentation active auprès du gouvernement a porté des fruits, et en 1888, le gouvernement a adopté un projet de loi pour élargir la responsabilité du gouvernement envers les enfants négligés. La Children’s Protection Act a été l’une des plus importantes réalisations de M. Kelso et de la Toronto Humane Society.

ALORS

John Joseph Kelso, un immigrant irlandais au Canada en 1874 à l’âge de dix ans, est largement reconnu comme étant le fondateur du bien-être de l’enfance en Ontario. « John Joseph Kelso a fait plus que toute autre personne au XIXe siècle au Canada pour améliorer la vie des enfants pauvres et nécessiteux. Perspicace et énergique, un conférencier persuasif et rédacteur convainquant, il a porté leurs expériences et leurs besoins à l’attention d’un public largement indifférent. » 1

À droite sur la photo, Martin Kelso présente un portrait de son père, John Joseph Kelso, au président de la SAE de Toronto de l’époque, Edward Meredith, au milieu des années 1960. 2

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1 McCullagh, John “A Legacy of Caring: A History of the Children’s Aid Society of Toronto” p.35 Copyright 2002, John McCullagh.

2 Image reproduced with permission of the Children’s Aid Society of Toronto