Série sur les agents de changement nº 1 : les anciens jeunes pris en charge qui changent le monde — et le système du bien-être de l’enfance — pour le mieux

Anayah Phares est la fondatrice de Creating Hope and Ensuring Excellent Roads to Success (CHEERS), un organisme aidant les jeunes à quitter la prise en charge.

Agente de changement

Je me nomme Anayah Phares (anciennement connue sous le nom de Rosimay Venancio), fondatrice de CHEERS — Creating Hope and Ensuring Excellent Roads to Success.

Toronto

Le plus gros défi que j’ai dû relever

Lorsque j’ai quitté la prise en charge, à l’âge de 17 ans. Ouf que j’étais perdue, j’étais tellement perdue! Tout ce que j’avais toujours souhaité avoir était la stabilité.

Dans mon enfance, c’était le chaos total. J’ai fréquenté 10 écoles en trois ans; ma mère est retournée en Angola et m’a laissée avec une famille de la communauté angolaise qui a offert de me parrainer en échange de m’occuper de leur maison et de leur bébé. J’avais 13 ans. J’ai commencé à sécher mes cours souvent parce qu’ils ne voulaient pas me payer de billets d’autobus pour me rendre à l’école, et ils avaient un bébé de six mois, donc quelqu’un devait rester avec le bébé pendant que la mère travaillait. Personne ne savait que je manquais autant mes cours, que je pleurais dans le bureau de la directrice parce que j’avais tellement faim que j’en avais mal à l’estomac. Personne ne savait que mon manteau, mes pantalons et mes bottes étaient devenus trop petits pour moi. Personne ne savait que je n’avais personne pour m’aider à entretenir mes cheveux.

Comme j’étais proche de ma conseillère en orientation à l’école, je lui ai demandé comment je pourrais faire une demande d’aide sociale. Ça lui a fait prendre conscience de ma situation. Elle a appelé la Société d’aide à l’enfance, et l’intervenante à l’accueil a dit : « Il vous reste deux ans avant de pouvoir faire une demande d’aide sociale, ou nous pouvons vous trouver un endroit où rester ». Je me suis dit : « N’importe où est mieux qu’où je suis maintenant »; donc je lui ai dit « Oui, je vais y aller. » J’ai été prise en charge et j’ai commencé à vivre dans ma famille d’accueil à 15 ans. J’ai vécu la stabilité pour la première fois de ma vie. Et puis, tout d’un coup, on m’a enlevé cette stabilité de nouveau à 17 ans, et on m’a coupé les soutiens. J’étais dans le déni, j’étais perdue et puis déprimée; je me suis dit : « Qu’est-ce que je fais maintenant? » C’était « Qu’est-ce que je fais maintenant? pour très longtemps.

Comment j’ai vécu le changement dans le système du bien-être de l’enfance de l’Ontario

Je me suis retrouvée dans une famille d’accueil où j’ai trouvé de l’amour, de la chaleur et de la stabilité. Je me sentais si bien de savoir qu’à la fin de la journée, je pouvais revenir à la maison et que ma mère d’accueil irait acheter du tofu, parce que j’avais décidé de devenir végétarienne pour deux jours. Je pouvais vivre mes folies, baisser ma garde et développer ma vraie personnalité. C’est ce qui m’est arrivé; j’ai acquis ma vraie personnalité seulement quand j’ai été prise en charge. J’ai été prise en charge, et mes notes ont grimpé en flèche. J’ai même reçu un prix pour mes bonnes présences à l’école.

Mon moment de transformation personnelle

Lorsque ma première patronne, cette femme qui vivait un bonheur sans fin, que j’admirais toujours, m’a dit qu’elle avait eu des parents d’accueil, je l’ai regardée et je me suis dit : « Que voulez-vous dire, des parents d’accueil? Vous êtes parfaite. Aucune personne parfaite vient de parents d’accueil. » Elle a changé mon idée que les gens comme moi ne se rendent pas où elle est.

Ce que je souhaite changer

Le fait d’être exposée à quelqu’un qui était passée par là où j’étais passée et avait vécu les mêmes difficultés que j’avais quand même réussi à gérer m’a poussée à hausser mes attentes envers moi-même. J’ai changé ma perspective de ce qu’il m’était possible d’atteindre. Je me suis dit « Qu’est-ce qui arriverait si plus de jeunes pris en charge étaient exposés à d’anciens jeunes pris en charge qui ont réussi? » C’est là que j’ai créé CHEERS (Creating Hope and Ensuring Excellent Roads to Success), qui connecte les jeunes vivant en famille d’accueil à de jeunes adultes qui ont connu le succès après avoir vécu dans le système du placement d’accueil. J’ai élaboré un prototype et j’ai des jeunes qui sont jumelés en ce moment.

L’objectif de CHEERS est de nous assurer que les jeunes sont adéquatement outillés pour avoir une vie stable et autonome, et que ça dure. Nous atteindrons cet objectif en offrant deux niveaux de mentorat : au premier niveau, des jeunes quittant la prise en charge seront jumelés à des mentors qui les aideront à gérer tout ce qu’il faut pour faire la transition vers l’autonomie, que ce soit trouver un médecin de famille ou comprendre la loi liée aux propriétaires et locataires. L’autre niveau du programme de mentorat connectera les jeunes à des orienteurs professionnels qui peuvent les parrainer pour les aider à déterminer une carrière et établir des réseaux, alors qu’ils tentent simplement de comprendre le monde en soi.

J’ai l’impression qu’il n’y a rien pour les jeunes quittant la prise en charge, à part l’expérience d’être dirigé quelque part où on vous dirige ensuite ailleurs. Les jeunes qui ont réussi leur transition ont simplement été chanceux, ou avaient vraiment de bons parents d’accueil qui les ont laissé déménager au sous-sol. J’espère changer ça.

Mise à jour: Anayah a reçu une subvention de 600 000 $ qui l’aidera à élaborer CHEERS. Vous trouverez tous les détails ici. Pour en apprendre davantage, vous pouvez communiquer directement avec Anayah à CHEERS, à anayah.phares@cheersprogram.com.

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